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Remarquable billet, écrit par intellectuel qui siège dans un conseil municipal.

Réponse à un article de Jacques Boulesteix, astrophysicien.


Son article : Regard psycho-sociologique sur le conseil municipal marseillais.

Remarquable billet, écrit par intellectuel qui siège dans un conseil municipal.

J'ai vécu cette expérience pendant six ans dans ma commune et je ne me suis pas représenté.
Je ne voulais pas continuer à perdre mon temps.
Il y a d'abord l'effet de curiosité. Pendant un à deux ans, on prend le temps de découvrir les rouages du système et voir finalement que son aspect byzantin (le fameux "mille feuilles") est le reflet d'une vaine réflexion qui ne débouche aucunement sur une vision plus intelligente des choses. Ensuite, on ne peut échapper évidemment à l'effet de ronronnement, qui ne dure pas très longtemps, car, lorsqu'on reste libre d'esprit, on supporte de moins en moins la médiocrité intellectuelle de tous les débats, cette médiocrité induite par l'affrontement permanent et clanique entre la droite et la gauche.
Beaucoup de décisions pourraient être prise par l'Administration seule sans passer par la case élus. Il faudrait trouver alors un (autre) moyen efficace pour contrôler, par les politiques, cette même Administration au lieu de jouer à faire croire que les politiques décident et que l'Administration exécute. Alors que c'est naturellement le contraire, surtout dans les petites communes.

Le blog de Jacques Boulesteix 

Le Tour du Monde en quarante ans


Pour les voyageurs intéressés, voici la carte de mes voyages à travers le monde en quarante années.
Vous pouvez la visualiser et l'agrandir en différents formats.
 

L'École est une Église

Ne sommes nous pas devenus les nouveaux curés de campagne plus de 200 ans après la fin du régime féodal ?

Nous en avons en effet tous les attributs : le nombre, la répartition sur le territoire, le poids idéologique, la modestie du train de vie, l'onctuosité ecclésiastique, qu'on appelle dans ce siècle de mécréants le politiquement correct ; sans oublier les chapelles, les excommunications, le peuple des fidèles, les conclaves que sont les jurys de concours,  et bien sûr les cardinaux, que l'on les repère à leur port altier lorsqu'ils franchissent les portes de nos augustes établissements ainsi qu'aux génuflexions de tous ordres qui accompagnent leurs pas.

Et puis les papes, les antipapes et ainsi de suite.

Les sociologues du siècle prochain (le 22e déjà) ne manqueront pas de repérer quantité de nouveaux  signes de croix  que nous pratiquons chaque jour. La prière du matin qu'est le blabla dans la salle des professeurs : il y a des sujets qu'on ne doit pas aborder comme à l'église ; les vêpres (les corrections), le Vendredi saint (on a de temps en temps quelques pépins...), le bréviaire (les rubans pédagogiques) et j'en passe.

L'École elle-même n'est-elle pas un sanctuaire, et l'Éducation un devoir sacré ?

 

En France, on est sur des rails ; il est très difficile de changer de voie.

Tout dépend du point de vue à partir duquel on se place. Si on regarde vers l'amont (les fonctionnaires entrés dans la carrière 10 ans avant moi) ou vers l'aval (les jeunes fonctionnaires qui rentrent quand je suis en fin de carrière). Quand on embrasse une carrière, et pour faire ce choix, on regarde vers l'amont. Or en 1974, date de mon entrée en fonction, les fonctionnaires qui ont inspiré mon choix sont nés entre 1935 et 1945. Avec le trou démographique des années de guerre, un professeur lambda de cette classe d'âge pouvait facilement passer attaché culturel, ou enseigner dans le supérieur, pour ne prendre que deux exemples. Aujourd’hui pour être attaché ou conseiller culturel il faut être énarque ou normalien, et accéder à l'enseignement supérieur (classique ou agronomique) est devenue une vue de l'esprit que très peu de mes jeunes collègues doivent envisager.

Quand j'ai débuté professeur, je ne pouvais pas savoir : 1/ Que mon pouvoir d'achat sur 30 ans sur trente ans allait baisser de 25 %. 2/ Qu'un jeune professeur aujourd’hui, 30 ans plus tard, certifié 1er échelon, gagne 1,2 SMIC. 3/ Que les perspectives de mobilité entre les administrations sont des plus réduites, malgré des textes sortis il y a quelques années.
Bien sûr on peut regarder en aval, et dire qu'il y a toujours pire. On peut s'en réjouir aussi, en se disant que l'on marche toujours vers plus d'égalité : pourquoi en effet, gagner plus, en début de carrière, qu'un jeune ouvrier ? Les professeurs de demain remplaceront la classe ouvrière (volatisée en Europe pour cause de Chine) mais tiendront toujours le rôle des curés de campagne de l'Ancien Régime. Le bas clergé de l'époque n'était-il pas le premier pourvoyeur de services culturels ?

J'ai commencé en Lycée Agricole à 24 ans, je finis en Lycée Agricole à 60 ans bientôt. Je n'ai jamais voulu être Directeur ou Inspecteur. Donc je suis resté à la même place depuis le début. On peut bien sûr changer de lieu ; on peut changer de matière aussi. C'est ce que j'ai fait. Mais le blocage n'est pas seulement dans les "structures", il est aussi dans les têtes de nombreux collègues. Quand j'ai commencé à faire de l'informatique il y a 10 ans, (j'ai passé ma maîtrise par la suite), plusieurs collègues sont venus me voir en me disant : "Crois-tu que vouloir faire ce que tu fais est autorisé ?" Sous-entendu : "Pourquoi ne restes-tu à ta place comme tout le monde ?".

Quant à passer dans le secteur privé : à trente ans, on est considéré comme un vieux et les seniors ne sont pas bienvenus dans les entreprises qui font tout pour se débarrasser de leurs plus anciens. Oui, il y a un sacré blocage et il est culturel.

Je côtoie des collègues dans mon lycée, ou dans les précédents que j'ai fréquentés, qui ont fait toute leur vie la même chose sur le même poste. Cette perspective m'effrayait quand j'ai débuté. Et je n'ai pas changé d'avis. Comme tous les gens de mon âge et de tous les âges, je raisonne avec mon esprit de 20 ans. Le monde a changé certes et les temps sont plus durs. Je persiste à regretter que le verre soit à moitié plein, et aujourd’hui, je m'y prendrais à deux fois avant d'envisager la même carrière, car le verre est à moitié vide.  

Réponses aux objections concernant la notation des professeurs

À quoi pourrait servir ce système de notation ?
En dehors des finalités traditionnelles de la notation (avancement etc.), on pourrait effectivement revenir sur le principe selon lequel on ne choisit pas ses enseignants (sur le modèle d'une autre principe selon lequel on ne choisit pas ses parents ?). Et là évidemment un autre monde s'ouvre à nous... À terme, en effet, la notation pourrait servir afin que les usagers (parents, éventuellement enfants lycéens, étudiants) puissent choisir, non pas un professeur (comme à la fac quand plusieurs cours sont donnés par plusieurs enseignants), mais un établissement, c'est-à-dire, dans le meilleur des cas, une équipe. Ne nous alarmons pas sur le sort de ceux qui seront les moins choisis. Dans mon esprit, la note ne serait pas constitutive de licenciement. Comme c'est le cas aujourd’hui dans le cadre de notre statut : une mauvaise note ne peut pas mener à révocation. Simplement l'administration offrirait à nos concitoyens des équipes pédagogiques et des professeurs plus ou moins performants. Il y a des facteurs plus ou sympas, des guichetiers au service des finances plus ou moins aimables, des gendarmes plus ou moins avenants, des douaniers plus ou moins serviables.

On peut plaire à la majorité des élèves, des parents ou des collègues tout en étant un "mauvais" prof.
Non ! Il n'y a aucun précédent sur ce terrain dans l'enseignement secondaire public en France. Nous sommes obligés de nous tourner en l'occurrence vers ce qui se passe à l'étranger. Personnellement j'ai rencontré chez les étudiants une maturité, une culture, des habitudes même, qui font qu'ils ne sont pas bêtes au point d'être sensibles à la démagogie. L'argument de la démagogie suppose l'immaturité des apprenants.

Si, dans la classe, j'ai 12 "bons" élèves et 8 "mauvais" :
Y-a-t-il une justice en mettant en place un système éducatif qui ne ferait avancer que les 12 "bons" ?

Comme si toute proposition de réforme favorisait l'élitisme. Il ne doit y avoir de priorité ni pour les faibles ni pour les forts.

Cette notation est-elle anonyme ?
Il va de soi que cette notation doit être anonyme. Et si la note est accompagnée d'un texte en réponse à une question ouverte, les dérapages ne seront pas admis. C'est ce qui se fait ailleurs.

Quand un étudiant adulte aux Etats-Unis est prêt à mettre 30 000$ par an dans une formation, il attend un service qui réponde à ses besoins à hauteur des fonds avancés ! Ce n’est pas le cas en France.
Au cours de cette discussion, la notation (rénovée) implique la concurrence ; et maintenant, est-ce que la concurrence est forcément liée à la marchandisation de l'éducation ? Telle est la question. Parler de concurrence n'est-ce pas commencer à tirer sur le fil de la tapisserie et aboutir finalement à un système pire que l'actuel et abondamment décrié par ailleurs ? Aux États-Unis la marchandisation de l'éducation, surtout supérieure, implique la concurrence. Parce que "les usagers en veulent pour leur argent".

Et que dire de certains parents qui ont un comportement négatif ?
Justement : le pouvoir de notation pourrait les rendre plus aimables. Parmi les nobles ambitions de tous les éducateurs, il y a celle de mener au plus haut (possible) ceux qui sont au plus bas. Pourquoi ne rajouterait-on pas ces deux ambitions : 1/ rendre les parents plus aimables 2/ rendre les élèves plus matures ? Un jour viendra où l'ambition de rendre tous les élèves attristés à l'annonce de la prochaine absence d'un professeur sera alors concevable, réalisable et recherchée. Impensable ? Voici un exemple connexe d'une autre différence culturelle qui peut montrer que rien n'est finalement impossible : Traversez l'Atlantique, rentrez dans une classe, donnez un devoir sur table, sortez dans le couloir pendant 15 minutes et revenez dans la classe : pas un seul élève n'a triché. Ce qui paraît impossible à un français venu de la vieille Europe évidemment.  

Ce système n'est pas comparable à la démocratie définie par Churchill : le pire des systèmes à l'exception de tous les autres. Il est améliorable. Je suis sûr de deux choses : 1/ Le système de notation évoluera. 2/ La question des parents et des autres acteurs mentionnés viendra forcément un jour sur le tapis.
 

Noter les professeurs autrement ?

Personnellement je propose une note qui serait la moyenne de ces cinq notes attribuées par :
1/ Le chef d'établissement
2/ L'Inspecteur de la matière
3/ Les élèves
4/ Les parents
5/ Les collègues
Ces trois derniers votants étant réunis en "collège" à géométrie variable, forcément en fonction de chaque enseignant.

J'entends et je comprends par avance les protestations de certains, mais :

1/ Ces cinq "instances" ne représentent-elles pas, conjuguées, les pressions qui s'exercent sur l'enseignant ? Autrement dit,   c'est le terrain qui note.
Les notes basses peuvent s'annuler avec d'autres notes. Par exemple, un enseignant qui donne satisfaction aux élèves peut ne pas plaire, dans ses méthodes, à ses collègues (qui ont matière à appréciation via la pluridisciplinarité).
À l'extrême, ce qui sera considéré comme démagogie par les uns sera alors annulé par ce qui sera considéré par de la jalousie par les autres, et le système peu à peu se stabilisera, car il y aura un écrêtage des excès par le nombre de personnes intéressées à l'appréciation de chacun.
2/ Il y aura des dérapages côté élèves au début c'est certain, mais il faudra prévoir une période de transition. Des dérapages ailleurs ? Peut-être.
3/ Vous noterez que chaque instance compte pour une voix.

J'ai inclus les parents dans mon collège de notateurs pour 3 raisons :

1/ Je suis parent ; et je me rends bien compte de ce qui va et ne pas va pas chez les professeurs de mes enfants. Non pas parce que je suis moi-même professeur, mais parce que, en tant que parent, je suis déjà passé par le même chemin. Donc tout parent ayant fait des études secondaires peut établir un jugement sur les professeurs de ses enfants.
Ils peuvent intervenir en mettant une note. Et je rappelle que cette note compte pour 1/5ème du total. Il peut y avoir des parents qui mettent 0 (après un accrochage par exemple), mais il y a 120 parents par an minimum (6 classes de 20) et on peut lisser les résultats sur trois années.
2/ Il peut y avoir des dérapages, c’est-à-dire des lynchages si on pousse cette logique en ses limites. Mais les parents n'ont pas intérêt à "sous-noter", car, ce système de notation entraînant une certaine flexibilité (flexisécurité pour les plus optimistes), les mêmes parents voudront garder pour leur progéniture les professeurs dont ils apprécient le travail.
Que celui qui n'est jamais allé voir, qui un principal, qui un proviseur, dans le privé bien sûr mais aussi dans le public, pour dire : "je ne veux pas que mon fils, ma fille, soit avec untel (en maths, en français...) l'an prochain" lève la main !
3/ J'ai vécu cette expérience : dans le secondaire privé (États-Unis) : Chef d'établissement 60 %, parents 40 %.
Et dans le supérieur public (États-Unis) : Chef de département : 40 %, Étudiants 40 %, Service public 20 %.
 
 

Fiche d'évaluation d'un cours faite par les étudiants

Cliquer pour agrandir.

En ouvrant l'article précédent dans une nouvelle fenêtre, vous pourrez voir l'image et le texte face à face. 

Évaluer les professeurs par les étudiants. En France, est-ce possible ?

Un exemple à l'Université d'Alaska



Voici ma fiche d'évaluation (elle est visible dans l'article suivant : cliquer pour agrandir) faite par les étudiants de première année d'espagnol dans l'enseignement universitaire public américain.
L'Université de Washington a standardisé le système et il est abondamment utilisé. 13 ont évalué mon cours de Spanish 101. Ils ont fait ça très sérieusement, et c'était il y a presque 20 ans !

Pour ceux qui ne sont pas familiers de la langue de Shakespeare, il faut lire la première ligne comme suit :
À la question : "Comment est le cours dans son ensemble ?",  15 % ont répondu excellent (E), 8% très bon (VG), 62 % bon (G), 8 % moyen (F), 8 % faible (P) et O % très faible.
E = excellent, VG = very good, G = good,   F=fair, P= poor, VP = very poor.
Avec ce système (très élaboré) on voit tout de suite ses forces et ses faiblesses. Ainsi, dans la section 2, peut-on voir que j'ai obtenu le meilleur score pour les rubriques 7 (les étudiants ont confiance dans le savoir de l'enseignant, traduction : ils l'estiment compétent) et 8 (l'enthousiasme). Il en fallait car j'avais quelques Inuits (parlant seulement le yupik et l'inupiak, et pas du tout l'Anglais) et quelques Athapascans (Indiens du Grand Nord).
Pour ce qui est des faiblesses, toujours dans cette même section, on voit que ma "disponibilité pour fournir du soutien si nécessaire" était évaluée globalement comme moyenne.
Pour ceux que ça intéresse, le système complet est présenté ici :
http://www.uaf.edu/provost/soi/index.html
Vous avez même des sites qui constituent des banques d'évaluation parallèles. Ainsi ici tous les professeurs dont les patronymes commencent par F et G (même Université).

Je vous joins la photo (rafraîchissante) où sont centralisées les dites évaluations.
À vue de nez, il doit faire entre -20 et - 30°C.