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Renaud Camus La grande déculturation

Notes de lecture



Voici en vrac quelques notes de lecture.
J'ai découvert Renaud Camus via l'émission de Finkelkraut : Répliques.
Le site de l'auteur : http://perso.wanadoo.fr/renaud.camus
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Renaud Camus
La grande déculturation
Fayard 2008

Les sous chiens, comme l'insinue gracieusement tel ou telle, ainsi qu'ont dit les sous-hommes, ceux-là, les indigènes, les autochtones, font figure de bourgeoisie, fonctionnent, à leur corps défendant, comme une bourgeoisie, sont en position de bourgeoisie,  (...) ; et cela d'autant plus nettement que le mot populaire, en novlangue, se mêle de signifier exclusivement à présent, immigré, peuplé ou constitué d'immigrés ou de descendants d'immigrés.

L'égalité est aussi absente de la culture qu'elle l'est de la nature.

Le degré d'éducation globale sanctionné est à peu près un cinquième de ce qu'il était.

En régime démocratique, la culture de masse ne peut pas s'accommoder de la culture d'une classe cultivée, culture qui n'est pas nécessairement antidémocratique (elle a fait elle même beaucoup pour la démocratie) mais fatalement, et, par définition, non démocratique.

Il s'agissait, d'une part, de transmettre de génération en génération le patrimoine culturel des classes cultivées, assimilé au patrimoine culturel de la nation ; d'autre part, d'élargir le partage de ce patrimoine culturel à quelques enfants méritants des autres classes (...). Tous les bourgeois n'étaient pas cultivés, mais tous les individus vraiment cultivés étaient des bourgeois (au moins aux yeux de la bourgeoisie).

La langue (vocabulaire, syntaxe, prononciation) était le grand instrument d'entrée en bourgeoisie (...).

Éduquer, c'est éduquer aux manières, aux rites, aux façons de parler (qui risquent fort d'être des façons de parler et de ressentir), de la classe éduquée, autrement dit, horresco referens, de la classe "supérieure".

Auteurs et ouvrages proprement littéraires sont étouffés par la pression des sciences humaines. Mais à leur tour, les sciences humaines, encore trop culturelles pour le public qu'a formé depuis trente ans et plus l'enseignement de masse, sont bousculés par la politique, le politique, les politiques , les ouvrages écrits par les hommes et les femmes politiques (...).

Arte diffuse quelquefois documentaires, quelquefois excellents, le plus souvent incroyablement bâclés (...) et beaucoup plus souvent de méchants petits films finlandais, allemands ou arméniens qui doivent leur passeport culturel au seul motif qu'ils ont été réalisés avec trois bouts de ficelle, sous une lampe qui pendouille (...)

Que peut enseigner le professeur d'art à des enfants qui n'ont rien appris du professeur de français, du professeur d'histoire, ne parlons pas du prêtre (...)

Jadis une famille qui avait appartenu un certain temps à la classe privilégiée pouvait maintenir ce statut sur plusieurs générations même après l'effondrement de son niveau économique. La ruine, au temps de la noblesse, mais encore à l'époque bourgeoise, n'entraînait pas  le déclassement social, ou seulement très lentement parce que l'appartenance de classe n'était pas uniquement déterminée par le niveau de revenus mais aussi par le niveau culturel  et par la maîtrise plus ou moins grande de codes portant sur l'attitude, le vêtement, et au premier chef, sur le langage.

L'effondrement économique d'une famille entraîne ipso facto son effondrement social immédiat, ou du moins d'une génération à l'autre.


Ce qui égalitaire dans la  la situation culturelle, c'est le désastre. Il affecte sans beaucoup de nuances toutes les anciennes classes, et c'est précisément ce qui fait que les différences entre elles sont essentiellement économiques, et que donc elles n'ont plus de véritables existence de classes.

Le monde voulait bien être fasciné par la langue de Proust, de Cézanne, de Bergson, de Ravel et du Collège de France, mais celle de Christine Angot, de Jean Paul Chambas, de Christine Onfray le laisse fort indifférent - il a la même chose chez lui.

Remarquable billet, écrit par intellectuel qui siège dans un conseil municipal.

Réponse à un article de Jacques Boulesteix, astrophysicien.


Son article : Regard psycho-sociologique sur le conseil municipal marseillais.

Remarquable billet, écrit par intellectuel qui siège dans un conseil municipal.

J'ai vécu cette expérience pendant six ans dans ma commune et je ne me suis pas représenté.
Je ne voulais pas continuer à perdre mon temps.
Il y a d'abord l'effet de curiosité. Pendant un à deux ans, on prend le temps de découvrir les rouages du système et voir finalement que son aspect byzantin (le fameux "mille feuilles") est le reflet d'une vaine réflexion qui ne débouche aucunement sur une vision plus intelligente des choses. Ensuite, on ne peut échapper évidemment à l'effet de ronronnement, qui ne dure pas très longtemps, car, lorsqu'on reste libre d'esprit, on supporte de moins en moins la médiocrité intellectuelle de tous les débats, cette médiocrité induite par l'affrontement permanent et clanique entre la droite et la gauche.
Beaucoup de décisions pourraient être prise par l'Administration seule sans passer par la case élus. Il faudrait trouver alors un (autre) moyen efficace pour contrôler, par les politiques, cette même Administration au lieu de jouer à faire croire que les politiques décident et que l'Administration exécute. Alors que c'est naturellement le contraire, surtout dans les petites communes.

Le blog de Jacques Boulesteix 

Le Tour du Monde en quarante ans


Pour les voyageurs intéressés, voici la carte de mes voyages à travers le monde en quarante années.
Vous pouvez la visualiser et l'agrandir en différents formats.
 

L'École est une Église

Ne sommes nous pas devenus les nouveaux curés de campagne plus de 200 ans après la fin du régime féodal ?

Nous en avons en effet tous les attributs : le nombre, la répartition sur le territoire, le poids idéologique, la modestie du train de vie, l'onctuosité ecclésiastique, qu'on appelle dans ce siècle de mécréants le politiquement correct ; sans oublier les chapelles, les excommunications, le peuple des fidèles, les conclaves que sont les jurys de concours,  et bien sûr les cardinaux, que l'on les repère à leur port altier lorsqu'ils franchissent les portes de nos augustes établissements ainsi qu'aux génuflexions de tous ordres qui accompagnent leurs pas.

Et puis les papes, les antipapes et ainsi de suite.

Les sociologues du siècle prochain (le 22e déjà) ne manqueront pas de repérer quantité de nouveaux  signes de croix  que nous pratiquons chaque jour. La prière du matin qu'est le blabla dans la salle des professeurs : il y a des sujets qu'on ne doit pas aborder comme à l'église ; les vêpres (les corrections), le Vendredi saint (on a de temps en temps quelques pépins...), le bréviaire (les rubans pédagogiques) et j'en passe.

L'École elle-même n'est-elle pas un sanctuaire, et l'Éducation un devoir sacré ?

 

En France, on est sur des rails ; il est très difficile de changer de voie.

Tout dépend du point de vue à partir duquel on se place. Si on regarde vers l'amont (les fonctionnaires entrés dans la carrière 10 ans avant moi) ou vers l'aval (les jeunes fonctionnaires qui rentrent quand je suis en fin de carrière). Quand on embrasse une carrière, et pour faire ce choix, on regarde vers l'amont. Or en 1974, date de mon entrée en fonction, les fonctionnaires qui ont inspiré mon choix sont nés entre 1935 et 1945. Avec le trou démographique des années de guerre, un professeur lambda de cette classe d'âge pouvait facilement passer attaché culturel, ou enseigner dans le supérieur, pour ne prendre que deux exemples. Aujourd’hui pour être attaché ou conseiller culturel il faut être énarque ou normalien, et accéder à l'enseignement supérieur (classique ou agronomique) est devenue une vue de l'esprit que très peu de mes jeunes collègues doivent envisager.

Quand j'ai débuté professeur, je ne pouvais pas savoir : 1/ Que mon pouvoir d'achat sur 30 ans sur trente ans allait baisser de 25 %. 2/ Qu'un jeune professeur aujourd’hui, 30 ans plus tard, certifié 1er échelon, gagne 1,2 SMIC. 3/ Que les perspectives de mobilité entre les administrations sont des plus réduites, malgré des textes sortis il y a quelques années.
Bien sûr on peut regarder en aval, et dire qu'il y a toujours pire. On peut s'en réjouir aussi, en se disant que l'on marche toujours vers plus d'égalité : pourquoi en effet, gagner plus, en début de carrière, qu'un jeune ouvrier ? Les professeurs de demain remplaceront la classe ouvrière (volatisée en Europe pour cause de Chine) mais tiendront toujours le rôle des curés de campagne de l'Ancien Régime. Le bas clergé de l'époque n'était-il pas le premier pourvoyeur de services culturels ?

J'ai commencé en Lycée Agricole à 24 ans, je finis en Lycée Agricole à 60 ans bientôt. Je n'ai jamais voulu être Directeur ou Inspecteur. Donc je suis resté à la même place depuis le début. On peut bien sûr changer de lieu ; on peut changer de matière aussi. C'est ce que j'ai fait. Mais le blocage n'est pas seulement dans les "structures", il est aussi dans les têtes de nombreux collègues. Quand j'ai commencé à faire de l'informatique il y a 10 ans, (j'ai passé ma maîtrise par la suite), plusieurs collègues sont venus me voir en me disant : "Crois-tu que vouloir faire ce que tu fais est autorisé ?" Sous-entendu : "Pourquoi ne restes-tu à ta place comme tout le monde ?".

Quant à passer dans le secteur privé : à trente ans, on est considéré comme un vieux et les seniors ne sont pas bienvenus dans les entreprises qui font tout pour se débarrasser de leurs plus anciens. Oui, il y a un sacré blocage et il est culturel.

Je côtoie des collègues dans mon lycée, ou dans les précédents que j'ai fréquentés, qui ont fait toute leur vie la même chose sur le même poste. Cette perspective m'effrayait quand j'ai débuté. Et je n'ai pas changé d'avis. Comme tous les gens de mon âge et de tous les âges, je raisonne avec mon esprit de 20 ans. Le monde a changé certes et les temps sont plus durs. Je persiste à regretter que le verre soit à moitié plein, et aujourd’hui, je m'y prendrais à deux fois avant d'envisager la même carrière, car le verre est à moitié vide.  

Réponses aux objections concernant la notation des professeurs

À quoi pourrait servir ce système de notation ?
En dehors des finalités traditionnelles de la notation (avancement etc.), on pourrait effectivement revenir sur le principe selon lequel on ne choisit pas ses enseignants (sur le modèle d'une autre principe selon lequel on ne choisit pas ses parents ?). Et là évidemment un autre monde s'ouvre à nous... À terme, en effet, la notation pourrait servir afin que les usagers (parents, éventuellement enfants lycéens, étudiants) puissent choisir, non pas un professeur (comme à la fac quand plusieurs cours sont donnés par plusieurs enseignants), mais un établissement, c'est-à-dire, dans le meilleur des cas, une équipe. Ne nous alarmons pas sur le sort de ceux qui seront les moins choisis. Dans mon esprit, la note ne serait pas constitutive de licenciement. Comme c'est le cas aujourd’hui dans le cadre de notre statut : une mauvaise note ne peut pas mener à révocation. Simplement l'administration offrirait à nos concitoyens des équipes pédagogiques et des professeurs plus ou moins performants. Il y a des facteurs plus ou sympas, des guichetiers au service des finances plus ou moins aimables, des gendarmes plus ou moins avenants, des douaniers plus ou moins serviables.

On peut plaire à la majorité des élèves, des parents ou des collègues tout en étant un "mauvais" prof.
Non ! Il n'y a aucun précédent sur ce terrain dans l'enseignement secondaire public en France. Nous sommes obligés de nous tourner en l'occurrence vers ce qui se passe à l'étranger. Personnellement j'ai rencontré chez les étudiants une maturité, une culture, des habitudes même, qui font qu'ils ne sont pas bêtes au point d'être sensibles à la démagogie. L'argument de la démagogie suppose l'immaturité des apprenants.

Si, dans la classe, j'ai 12 "bons" élèves et 8 "mauvais" :
Y-a-t-il une justice en mettant en place un système éducatif qui ne ferait avancer que les 12 "bons" ?

Comme si toute proposition de réforme favorisait l'élitisme. Il ne doit y avoir de priorité ni pour les faibles ni pour les forts.

Cette notation est-elle anonyme ?
Il va de soi que cette notation doit être anonyme. Et si la note est accompagnée d'un texte en réponse à une question ouverte, les dérapages ne seront pas admis. C'est ce qui se fait ailleurs.

Quand un étudiant adulte aux Etats-Unis est prêt à mettre 30 000$ par an dans une formation, il attend un service qui réponde à ses besoins à hauteur des fonds avancés ! Ce n’est pas le cas en France.
Au cours de cette discussion, la notation (rénovée) implique la concurrence ; et maintenant, est-ce que la concurrence est forcément liée à la marchandisation de l'éducation ? Telle est la question. Parler de concurrence n'est-ce pas commencer à tirer sur le fil de la tapisserie et aboutir finalement à un système pire que l'actuel et abondamment décrié par ailleurs ? Aux États-Unis la marchandisation de l'éducation, surtout supérieure, implique la concurrence. Parce que "les usagers en veulent pour leur argent".

Et que dire de certains parents qui ont un comportement négatif ?
Justement : le pouvoir de notation pourrait les rendre plus aimables. Parmi les nobles ambitions de tous les éducateurs, il y a celle de mener au plus haut (possible) ceux qui sont au plus bas. Pourquoi ne rajouterait-on pas ces deux ambitions : 1/ rendre les parents plus aimables 2/ rendre les élèves plus matures ? Un jour viendra où l'ambition de rendre tous les élèves attristés à l'annonce de la prochaine absence d'un professeur sera alors concevable, réalisable et recherchée. Impensable ? Voici un exemple connexe d'une autre différence culturelle qui peut montrer que rien n'est finalement impossible : Traversez l'Atlantique, rentrez dans une classe, donnez un devoir sur table, sortez dans le couloir pendant 15 minutes et revenez dans la classe : pas un seul élève n'a triché. Ce qui paraît impossible à un français venu de la vieille Europe évidemment.  

Ce système n'est pas comparable à la démocratie définie par Churchill : le pire des systèmes à l'exception de tous les autres. Il est améliorable. Je suis sûr de deux choses : 1/ Le système de notation évoluera. 2/ La question des parents et des autres acteurs mentionnés viendra forcément un jour sur le tapis.
 

Noter les professeurs autrement ?

Personnellement je propose une note qui serait la moyenne de ces cinq notes attribuées par :
1/ Le chef d'établissement
2/ L'Inspecteur de la matière
3/ Les élèves
4/ Les parents
5/ Les collègues
Ces trois derniers votants étant réunis en "collège" à géométrie variable, forcément en fonction de chaque enseignant.

J'entends et je comprends par avance les protestations de certains, mais :

1/ Ces cinq "instances" ne représentent-elles pas, conjuguées, les pressions qui s'exercent sur l'enseignant ? Autrement dit,   c'est le terrain qui note.
Les notes basses peuvent s'annuler avec d'autres notes. Par exemple, un enseignant qui donne satisfaction aux élèves peut ne pas plaire, dans ses méthodes, à ses collègues (qui ont matière à appréciation via la pluridisciplinarité).
À l'extrême, ce qui sera considéré comme démagogie par les uns sera alors annulé par ce qui sera considéré par de la jalousie par les autres, et le système peu à peu se stabilisera, car il y aura un écrêtage des excès par le nombre de personnes intéressées à l'appréciation de chacun.
2/ Il y aura des dérapages côté élèves au début c'est certain, mais il faudra prévoir une période de transition. Des dérapages ailleurs ? Peut-être.
3/ Vous noterez que chaque instance compte pour une voix.

J'ai inclus les parents dans mon collège de notateurs pour 3 raisons :

1/ Je suis parent ; et je me rends bien compte de ce qui va et ne pas va pas chez les professeurs de mes enfants. Non pas parce que je suis moi-même professeur, mais parce que, en tant que parent, je suis déjà passé par le même chemin. Donc tout parent ayant fait des études secondaires peut établir un jugement sur les professeurs de ses enfants.
Ils peuvent intervenir en mettant une note. Et je rappelle que cette note compte pour 1/5ème du total. Il peut y avoir des parents qui mettent 0 (après un accrochage par exemple), mais il y a 120 parents par an minimum (6 classes de 20) et on peut lisser les résultats sur trois années.
2/ Il peut y avoir des dérapages, c’est-à-dire des lynchages si on pousse cette logique en ses limites. Mais les parents n'ont pas intérêt à "sous-noter", car, ce système de notation entraînant une certaine flexibilité (flexisécurité pour les plus optimistes), les mêmes parents voudront garder pour leur progéniture les professeurs dont ils apprécient le travail.
Que celui qui n'est jamais allé voir, qui un principal, qui un proviseur, dans le privé bien sûr mais aussi dans le public, pour dire : "je ne veux pas que mon fils, ma fille, soit avec untel (en maths, en français...) l'an prochain" lève la main !
3/ J'ai vécu cette expérience : dans le secondaire privé (États-Unis) : Chef d'établissement 60 %, parents 40 %.
Et dans le supérieur public (États-Unis) : Chef de département : 40 %, Étudiants 40 %, Service public 20 %.
 
 

Fiche d'évaluation d'un cours faite par les étudiants

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